Sortir du placard par la grande porte : comment se faire licencier intelligemment ?

(Chroniques du placard ⅔)

Vous sentez bien que vous pourriez apporter beaucoup plus à votre équipe, à votre entreprise, mais toute initiative venant de votre part est systématiquement critiquée. On vous rabaisse sans cesse, vous avez l’impression de ne plus servir à rien.

Bref, on vous a définitivement mis au placard et il est temps d’en sortir d’une manière ou d’une autre. Voici comment déclencher le siège éjectable et vous faire licencier intelligemment.

Car si vous laissez les choses empirer, vous n’êtes pas à l’abri d’un bore-out, une plongée dans un ennui total, voire d’un brown-out.

Pourquoi ne pas démissionner ?

Même sur un coup de tête, ou lorsque vous vous rendez compte que le placard dans lequel on vous a mis commence à vraiment sentir le renfermé, vous ne pouvez pas quitter votre employeur n’importe comment. D’autant plus qu’en fonction de la situation, vous n’aurez pas forcément droit à des indemnités.

La démission est bien sûr le moyen le plus simple, le plus rapide et le plus logique pour quitter une entreprise. Mais cette option n’est à envisager que si vous avez déjà une promesse d’embauche ailleurs ou si un autre projet professionnel est sur le point d’aboutir.

Mais dans le cas d’une mise au placard, sans chercher à entrer en conflit avec votre entreprise, vous avez peut-être mieux à faire que de partir sans indemnités.

Que dit la loi du travail en Belgique ?

Dans un cas ordinaire, la démission exclut le droit à une allocation au chômage durant 4 à 52 semaines. Cette mesure peut être accompagnée d’un sursis ou remplacée par un avertissement. C’est la raison pour laquelle certains travailleurs préfèrent négocier avec leur employeur afin de recevoir une allocation au chômage. Ainsi, le salarié a deux options :

  • soit entamer une rupture de commun accord ;
  • soit s’arranger avec son employeur pour se faire licencier.

Et la rupture conventionnelle ?

La rupture d’un commun accord, ou rupture conventionnelle, vous permet de quitter l’entreprise sereinement, sans qu’il y ait forcément de motif, avec au minimum des indemnités équivalentes à celles d’un licenciement.

Le problème, là encore, est que si vous avez été mis au placard, il y a de fortes chances que votre demande de rupture conventionnelle soit refusée, par principe ou juste pour vous mettre des bâtons dans les roues.  

La seule solution qu’il vous reste alors pour quitter votre entreprise tout en assurant vos arrières est le licenciement.

Provoquer le licenciement

C’est là qu’il faut faire preuve de subtilité et de finesse. Même si vous ruminez dans votre placard depuis de longs mois, gardez votre calme. Pour se faire licencier, il faut un motif réel et sérieux.

Si vous êtes en désaccord avec votre employeur, mais que ce dernier ne vous a pas encore licencié, c’est que sur le plan de votre travail à proprement parler, il n’a rien à vous reprocher. Ou peut-être qu’il joue la montre, comme cette mise au placard le suggère.

Alors, méfiance, car en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse, votre employeur serait alors en faute et vous pourriez demander réparation auprès des prud’hommes. De moins en moins d’employeurs prennent ce risque pour des raisons évidentes.

Le choix des motifs de licenciement

Ainsi, si vous voulez que votre employeur vous licencie, il va vous falloir lui donner, lui suggérer un motif. ll faut en quelque sorte commettre des fautes pour pousser votre boss à la faute, mais sans vous mettre en danger.

Le licenciement pour motif personnel

Ce type de licenciement peut se faire pour faute ou « hors faute ». Par exemple, il peut s’agir d’une inaptitude à exercer votre emploi pour raisons médicales, physiques, etc. (une maladie professionnelle, par exemple), ou à cause de résultats insuffisants, ou encore d’une mésentente.

La cause du licenciement, quelle qu’elle soit, doit être avérée et les faits doivent être vérifiables, ce qui sera beaucoup plus délicat dans le cas d’une mésentente que dans celui d’une maladie professionnelle !

Le licenciement pour faute simple

Les fautes « simples » les plus courantes sont les retards répétés et/ou les absences répétées et injustifiées. Dans ce cas, une fois licencié, vous conservez vos droits aux allocations chômage ainsi qu’aux congés payés.

C’est le genre de fautes le plus souvent pratiquées pour obtenir un licenciement. D’ailleurs, dans de nombreux cas, vous allez commettre ces fautes de manière inconsciente sous le poids de l’ennui et de la démotivation.

Si vous manquez d’inspiration, voici quelques idées pour vous rendre (vraiment) insupportable.

Ne respectez pas le temps de travail inscrit dans votre contrat de travail :

  • arrivez chaque jour en retard ;
  • faites de nombreuses pauses café ;
  • prenez trois heures pour aller déjeuner avec vos amis ou collègues.

Faites preuve d’inefficacité, d’insuffisance professionnelle et de faible motivation :

  • travaillez lentement ;
  • laissez-vous distraire autant que possible : réseaux sociaux, petites vidéos sur YouTube, coups de téléphone personnels, pauses avec les collègues ;
  • soyez systématiquement en retard sur la restitution de vos dossiers ;
  • oubliez régulièrement votre ordinateur portable à la maison et ratez les réunions importantes.

Adoptez le comportement non professionnel par excellence :

  • soyez dans la critique négative systématique et opposez-vous ;
  • n’écoutez pas votre manager et partez dans la direction opposée à ses directives ;
  • ralliez les autres collaborateurs à votre cause ;
  • créez la zizanie dans l’équipe en colportant ragots et rumeurs.

Le licenciement pour faute grave

C’est le second niveau du licenciement pour faute. Dans le cas d’une faute grave, vous avez violé vos obligations liées à votre contrat de travail. Par exemple, si vous refusez d’effectuer certaines tâches, ou si vous abandonnez tout bonnement votre poste, vous pouvez être licencié pour faute grave.

Mieux vaut donc ne pas opter pour ce genre de solution, même si vous mourez d’envie de mettre fin à votre mise au placard, car la faute lourde résulte d’une volonté avérée du salarié de nuire à l’entreprise.

Cela peut par exemple se traduire par le vol de matériel, machines, outils, etc., ou par l’agression physique d’un collègue ou d’un supérieur. La faute lourde s’accompagne aussi souvent de poursuites pénales.

Patience et honnêteté en phase finale

Nous espérons que vous aurez compris que cet article n’est pas un encouragement à créer le chaos dans l’open-space ou à vous mettre à dos tous vos collègues. Mais pour se faire licencier, il faut néanmoins créer ce rapport de force avec son employeur.

Et lorsque la porte du placard s’entrouvre enfin, faites preuve d’encore un peu de patience et d’honnêteté.

Car lorsque vous commencerez à « moins bien travailler », votre employeur ne tardera pas à vous demander des explications, peut-être même serez-vous convoqué dans son bureau. Cela vous changera du placard. La meilleure attitude à adopter est celle de l’apaisement et de l’honnêteté.

Expliquez que vous souhaitez quitter l’entreprise tout en ayant la possibilité d’avoir du temps pour trouver un autre emploi (en percevant vos allocations chômage, donc sans démissionner) et que le licenciement est la seule option que vous ayez à votre disposition.

Au besoin, préparez votre “speech” pour le jour J ; il est important de ne pas mâcher vos mots pour faire passer le bon message. Sinon, ce sera retour au placard avec un avertissement.

Même s’il le prend mal, votre boss s’apercevra vite que le licenciement est dans son propre intérêt et que votre mauvaise volonté croissante peut à terme contaminer le reste de votre équipe.

En jouant franc-jeu et en exposant vos points de désaccord, vous posez les bases d’une négociation de sortie de placard entre adultes consentants !

Se faire licencier présente-t-il des risques ?

Quelle que soit votre stratégie, ne franchissez jamais la ligne de l’insubordination ou de l’agressivité vis-à-vis de votre hiérarchie. Encore une fois, cet article n’est pas une ode à l’insurrection des travailleurs. Nous cherchons à vous donner les clés d’une sortie en douceur et la tête haute.

La frontière est toujours ténue entre faute simple et faute grave, et n’oubliez pas que vous pouvez vite vous retrouver face à des collègues qui se rangent du côté de l’entreprise ou qui choisissent la neutralité le jour où vous leur demandez de vous soutenir ou de témoigner.

En termes de carrière, le licenciement peut également vous être néfaste, car il peut affecter votre réputation professionnelle, notamment si un futur employeur procède à un contrôle de références avant de vous recruter. À n’utiliser qu’en cas d’urgence, donc !

Vous êtes-vous déjà retrouvé dans une situation de mise au placard avec l’envie de vous faire licencier ou de tout plaquer ? Quelle option de sortie vous paraît-elle la plus adéquate pour mettre fin à un contrat de travail ?

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